Les Audacieux

L’art en campagne – Ouvrir et mobiliser les lieux historiques autrement

Champ le Duc ©kmscommunication pour lesaudacieux

Rendre accessible l’art contemporain en milieu rural, c’est l’objectif que s’est fixé Jeanne Mentrel. La jeune étudiante à l’école des Beaux Arts de Nancy, originaire du village de Champ-le-Duc, propose depuis 2018, une exposition au sein de l’église romane du village. Alliant ainsi son amour du territoire et sa passion pour l’art. « Cela m’a fendu le cœur de partir faire mes études supérieures en ville. J’aime ma vie à Nancy, le fait de pouvoir aller au cinéma ou de courir les expositions quand je veux, mais la quiétude de mon village, son environnement me manquaient ». La différence entre l’offre culturelle en milieu urbain et en milieu rural la saisit. « A Champ-le-Duc il n’y avait pas grand chose, notamment dans le domaine de l’art contemporain. J’ai voulu apporter mon « caillou à l’édifice » en créant ici, dans mon village, un lieu de sensibilisation dédié à cet art », sourit la jeune femme. Avec pour base, l’église romane, classée aux monuments historiques, la première installation prend la forme d’un appel à projet lancé via les réseaux sociaux. La suivante, nommée à juste titre « carte blanche » était ouverte en priorité aux étudiants de 1er année. Volontairement énoncée sans thème donc, l’expo 2019 a laissé une grande liberté aux jeunes artistes, autant dans le choix de l’œuvre à présenter, dans la manière de l’exposer que dans le thème à explorer. « Ce projet était non seulement utile pour leurs études, mais aussi pour leur avenir en tant qu’artiste ». « Le public d’ici porte un regard extrêmement pur sur ce qui lui est présenté.«  Concilier projet artistique et lieu patrimonial Photographies, peintures, vidéo, sculptures… ont ainsi trouvé place dans l’église de Champ-le-Duc le week-end du 15 août. Et étrangement même si aucun thème n’a été défini, un fil conducteur liait chaque œuvre entre elles. Les corps, les visages, l’humanité se dessinaient, se dévoilaient, se lisaient à travers l’interprétation des jeunes artistes. Pourtant « l’absence de thème n’a pas facilité la mise en résonances des différentes œuvres » avoue Jeanne. D’autant qu’il a fallu s’adapter au lieu et à ses contraintes. Certaines réalisations avaient besoin de plus d’espace pour être lisibles, notamment les vidéos. C’est donc en face, dans le bâtiment situé devant l’édifice religieux que se poursuivait l’exposition. « C’est une chance d’avoir pu bénéficier de cette salle supplémentaire, même si la base de l’exposition reste et restera l’église, car c’est un lieu unique ». Riche d’un patrimoine historique remarquable, l’édifice religieux dispose en effet de plusieurs particularités que l’on découvre autrement, lors des événements qui s’y déroulent. Que cela soit des concerts, comme en proposent chaque année l’association La Dame de Champ, ou des expositions, comme celle installée par Jeanne Mentrel. Les artistes en médiation « J’ai mis un point d’honneur à ce que chaque jour, un des participants soit présent pour accueillir les visiteurs, mais aussi pour apporter les explications nécessaires à la compréhension du projet et des œuvres présentées ». Le pari était que le public vienne, quelles que soient les réactions. « Ici les gens ont peu voire aucune connaissance de ce milieu. Ils apportent donc un regard extrêmement pur sur ce qui est présenté. Et c’est génial » observe Jeanne. Pouvoir échanger avec les auteurs de chaque œuvre est primordial pour comprendre leurs démarches et leurs intentions.Sans forcément s’étaler sur le sujet, elle confie que son projet n’a pas toujours soulevé l’enthousiasme général. Il est vrai que l’art, l’art contemporain en particulier, effraie autant qu’il ne surprend et émeut. L’amener dans un secteur peu enclin à son épanouissement est un défi que la jeune femme a toutefois relevé et qu’elle poursuivra les années prochaines. Avec cette fois-ci un thème défini au préalable et toujours dans ce lieu incroyable qu’est l’église romane de Champ-le-Duc. CARTE SENSORIELLE

La petite galerie de Granges-sur-Vologne : quand l’art relie l’humain

galerie d'art de Granges-sur-Vologne ©kmscommunication

Ouvrir une galerie d’art contemporain dans une commune rurale, c’est ambitieux pour le galeriste, comme pour les artistes qui y exposent. Pour autant celle de Granges-sur-Vologne fait partie de ces lieux qui ont un calendrier d’expos bien rempli. La raison ? La qualité de l’endroit et l’exigence artistique de l’association qui le gère, mais aussi l’humanité du projet qui relie l’ensemble. Située entre Gérardmer et Saint-Dié-des-Vosges, Granges-sur-Vologne appartient à ces communes rurales post-industrielles, qui plus est, située dans une vallée connotée par une vieille actualité qui lui colle à la peau. Y trouver une galerie d’art contemporain est donc assez anecdotique voire surprenant. C’est pourtant le pari que s’est lancé Francine Page en créant il y a 4 ans, « la petite galerie », un lieu dédié à l’art contemporain.  « C’est arrivé tout seul. J’avais cette maison qui appartenait à mes parents et même si je n’habite plus ici, je ne voulais pas laisser ce lieu sans vie. Je suis très attachée à ce village, autant qu’à cette maison ; il était important pour moi de les faire vivre. J’ai donc imaginé y créer un lieu où les habitants pourraient s’y retrouver ».. « La ruralité impose l’exigence dans la mise en scène et le choix des artistes » Des expositions finement sélectionnées « La petite galerie » ouvre ses portes en 2014. Ici se tiennent 7 à 8 expositions par an d’une durée d’une dizaine de jours. Des expositions sélectionnées selon leur qualité et qui varient dans la proposition artistique et le médium utilisé. « Les artistes qui exposent sont choisis par un comité de sélection pour leur démarche artistique et singulière » confie Francine. Pourquoi ? « Parce que la ruralité impose l’exigence ». C’est la raison pour laquelle tout est réfléchi pour valoriser les œuvres exposées. L’installation des tableaux, des sculptures, des photos, leur agencement, ne sont jamais le fruit d’un hasard, mais bien d’une réflexion, d’une mise en place, d’ajustements et de lumière. Les artistes ne s’y trompent pas, puisqu’ils sont de plus en plus nombreux à désirer accrocher leurs œuvres dans ce lieu. Il faut dire qu’au cœur se niche un projet d’une plus grande ampleur, qui est lui humanitaire. « Médic’art » facilite l’accès aux soins L’association qui gère la galerie, « Médic’art » est une association de loi 1901 dont la vocation est de déceler les problèmes cardiaques dans la province de Tata, au sud du Maroc. « C’est une province assez éloignée des grandes villes où les habitants souffrant de problèmes cardiaques ou d’hypertension ne peuvent pas facilement se soigner » explique Francine Page. Avec son mari cardiologue, elle créée « Médic’art » fin 2012. Chaque année une délégation part à Tata deux fois 10 jours pour proposer des consultations. « Mais nous ne voulions pas seulement déceler les problèmes cardiaques, nous voulions faire plus, soigner ces personnes ». Grâce à « La petite galerie » et aux artistes qui y exposent cela devient possible. Ces derniers s’acquittent des droits d’adhésion à l’association (20 €) et de la location de la galerie (10 € par jour).L’association peut alors financer les frais d’hospitalisation des patients et de prise en charge des bénévoles lors de leur voyage. CARTE SENSORIELLE Pour soutenir le projet : https://www.facebook.com/lapetitegalerie88/